VDA – Réforme (bi-/plurilingue) de l’école (3)

POLITIQUE LINGUISTIQUE ET POLITIQUE LINGUISTIQUE ÉDUCATIVE

Jusqu’ici il a été question de politique linguistique éducative – c’est-à-dire des choix qu’il est possible de faire pour l’enseignement de et en langue(s) à l’école. Il est grand temps que l’on montre les liens forts qui devraient exister entre les politiques linguistiques générales et les politiques linguistiques éducatives.

Car il est fort tentant d’imaginer que les premières se résument aux secondes. Ce qui est très dangereux puisque souvent on est amené à s’attendre de l’école qu’elle résolve tous les problèmes de la politique linguistique générale. Or une politique linguistique éducative n’est qu’une des mesures, certes parmi les plus puissantes, d’une politique linguistique générale, dont, cependant, elle ne suffit pas à elle seule à atteindre tous les objectifs.

Pour donner un exemple, il n’est pas possible d’imputer à l’école la faillite de sa mission, si l’on vérifie, comme on peut le vérifier, que les Valdôtains ne parlent pas français dans leur vie de tous les jours. Ce n’est en rien un devoir de l’école. D’autres mesures auraient dû être prises en parallèle (et pourraient certes encore se prendre s’il y avait la volonté réelle de le faire) pour que les compétences en langues (en français, notamment) acquises à l’école trouvent à s’exercer et à s’épanouir dans la vie en société.

Or, pour faire le lien entre politique linguistique générale et politique linguistique éducative et surtout pour évaluer les résultats de l’une et de l’autre, il faut s’appuyer sur différentes sortes de données et de recherches. Les décideurs valdôtains ne montrent pas une grande appétence pour les données et encore moins pour les recherches. Mais avancer sans se servir de données c’est marcher dans le noir, sans but précis, sans points de repères sûrs, sans possibilité de mesurer les actions engagées. Il ne s’agit pas d’une politique linguistique bien pensée : il ne s’agit même pas d’une « politique » tout court. Ou pour citer le sociolinguiste Fishman « a no-policy policy ».

Pourtant, malgré tout, certaines données et certaines recherches existent, qu’il faut savoir dénicher et qu’il faut avoir le désir de lire si l’on veut comprendre les liens et les mises en relation qu’il serait souhaitable d’établir entre la réalité des besoins linguistiques des locuteurs valdôtains dans un contexte en évolution et les langues enseignées ou à enseigner à l’école.

C’est ce que l’on va aborder dans ce texte, en termes de sources à exploiter.

Pour qui voudrait ne pas s’improviser dans la politique linguistique éducative, il existe sur le site du Conseil de l’Europe un guide – De la diversité linguistique à l’éducation plurilingue :
Guide pour l’élaboration des politiques linguistiques éducatives en Europe
en deux versions : une intégrale, pour le lecteur patient, et une de synthèse pensée essentiellement pour les hommes (et les femmes) politiques.

La DEUXIÈME PARTIE : DONNÉES ET MÉTHODES POUR L’ÉLABORATION DES POLITIQUES LINGUISTIQUES ÉDUCATIVES (pp. 45-69, version intégrale) énumère tous les éléments dont il faut tenir compte, c’est-à-dire :

  • les représentations sociales des langues et de leur apprentissage
  • les évolutions sociétales, démographiques et économiques
  • les facteurs linguistiques : les variétés linguistiques en présence et les données quantitatives sur l’emploi et la connaissance des variétés.

Or, nous vérifierons concrètement que, bien que rares et éparses, parfois cachées, d’autres fois dénigrées et le plus souvent négligées, le Val d’Aoste dispose d’un certain nombre de ces données.

Les REPRÉSENTATIONS SOCIALES DES LANGUES ET DE LEUR APPRENTISSAGE sont abordées dans deux recherches :

  • la recherche PUOLATO, D. 2006. Francese-italiano, italiano-patois: il bilinguismo in Valle d’Aosta fra realtà e Ideologia. Bern: Peter Lang.
  • la recherche de l’IRRE-VDA,  Langues, bilinguisme et représentations sociales au Val d’Aoste – Rapport de recherche, avec une Introduction de B. PY (2003), dont ceux qui seraient intéressés pourraient demander à l’administration régionale une copie (si toutes n’ont pas été détruites après la fermeture de l’institut de recherche); de cette recherche existe aussi un rapport plus succinct de 2002 : Langues, bilinguisme et représentations sociales au Val d’Aoste – Rapport de diffusion.

Intéressante à ce sujet serait également la lecture du numéro 67 de la revue L’Ecole valdôtaine, Quelles langues! Pour une fois, en effet, la revue est sortie de l’école pour aborder la question des langues avec la société civile, le monde du travail, les gens du commun. Le point de vue peut énormément changer si l’on se déplace de l’école. Ses acteurs – élèves, enseignants, parents d’élèves, chefs d’établissement – sont aux prises avec leurs contingences et préoccupations scolaires quotidiennes, avec leurs désirs et leurs détestations. L’école « publique » ne leur appartient ni aux uns ni aux autres. Le débat doit se faire plus large, pour que les perspectives à assumer s’élargissent aussi et répondent aux besoins de la société en général ainsi qu’à ceux de chaque individu.

Pour ce qui est des ÉVOLUTIONS SOCIÉTALES, DÉMOGRAPHIQUES ET ÉCONOMIQUES, des instituts internationaux et nationaux et des bureaux régionaux de statistique publient des données périodiquement mises à jours. Certaines de ces données sont, par exemple, utilisées, avec d’autres relatives au système éducatif valdôtain, par la Structure Régionale pour l’Evaluation du système scolaire de la Vallée d’Aoste (SREV) pour ses analyses et publications.

Pour les FACTEURS LINGUISTIQUES, nous pouvons avoir recours aux données des recherches suivantes:

  • les deux rapports EUROMOSAIC (1997) : Le franco-provençal en Italie (en anglais et en français) et Franco-Provençal and French in the Aosta Valley, Italy (en anglais seulement),
  • le sondage linguistique de la Fondation Emile Chanoux : Plurilinguismo amministrativo e scolastico in Valle d’Aosta / Plurilinguisme administratif et scolaire en Vallée d’Aoste (2002), certaines données ont été élaborées en vue d’un colloque qui a eu lieu en 2002 à Aoste et ont été réunies dans les actes –  Une Vallée d’Aoste bilingue dans une Europe plurilingue – Una Valle d’Aosta bilingue in un’Europa plurilingue (2003) – disponibles auprès de la Fondation Chanoux,
  • pour ce colloque et ses actes, j’avais élaboré les données concernant l’école et rédigé un texte « Bilinguisme et plurilinguisme au val d’Aoste : le rôle de l’école – Premières réflexions à partir des résultats du sondage linguistique » (pp.18-25) qui essayait de faire le lien entre les résultats de la recherche IRRE-VDA sur les représentations sociales et les résultats de cette recherche quantitative; cette brève étude peut mieux faire comprendre le ressenti profond de la population valdôtaine face à la question linguistique,
  • ces mêmes actes proposent une analyse remarquable de certaines données ddu sondage de la Fondation Emile Chanoux par le sociolinguiste Gaetano Berruto.

Tout cet ensemble de données – pour qui les connaît et les maîtrise – permet d’avoir :

  • une vision complexe, nuancée et non simpliste ni dichotomique de la question linguistique,
  • une représentation sensée de la perception de l’efficacité de l’école bilingue de la part des Valdôtains à l’encontre des jugements à l’emporte-pièce ne se fondant sur aucun élément solide,
  • un aperçu des vécus et des sensibilités nombreuses et diverses face à la question des langues au Val d’Aoste,
  • un jugement plus sûr sur les besoins (et les désirs) en langues de la société valdôtaine dans son ensemble, du monde du travail, du tissu économique de la région,
  • une prise de décision assurée sur des éléments concrets et non sur des perceptions non corroborées par les méthodes de la recherche.

Nous pouvons enfin regretter l’absence de document rigoureux et clairs de politiques linguistiques – générale et éducative – qui explicitent aux citoyens les finalités que se donnent les décideurs dans ce domaine au Val d’Aoste. D’autres minorités linguistiques disposent de tels documents, se donnent les moyens d’évaluer périodiquement leurs politiques et publient toutes les données dont ils peuvent disposer grâce aux sondages et études périodiques de leurs centres de recherche.

Nous reviendrons éventuellement de façon plus ponctuelle sur certaines de ces données dans les réflexions qui suivront.

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