VDA – Réforme (bi-/plurilingue) de l’école (5)

PRENDRE EN COMPTE LES RESULTATS DU PROFIL DE POLITIQUE LINGUISTIQUE ÉDUCATIVE

En 2006, le Val d’Aoste a demandé au Conseil de l’Europe un Profil de la politique linguistique éducative. Il s’agit d’une action que le Conseil de l’Europe offre aux États membres, à des régions ou à des villes pour qu’ils puissent auto-évaluer leur politique linguistique éducative selon les principes et orientations de cette institution pour ainsi la faire évoluer dans ce sens. C’est de ce qui est ressorti de cette action auto-évaluative du système d’enseignement bi- et plurilingue du Val d’Aoste qu’il sera question ici.

Le Profil de politique linguistique éducative est un processus qui se déroule suivant différentes phases:

  • dans un premier temps, l’entité qui demande le Profil procède à une auto-analyse interne de sa politique linguistique éducative dont les résultats aboutissent à un rapport national ou régional (comme pour le cas du Val d’Aoste) : ce devrait être l’occasion pour un premier débat intérieur autour de la politique linguistique éducative entre un certain nombre d’acteurs concernés ; en 2007, le Val d’Aoste a produit ce rapport régional qui est une source riche d’informations sur le système scolaire bilingue valdôtain (cf. sur le site du Conseil de l’Europe, à la fin du tableau, le profil n° 11, Val d’Aoste) ;
  • un groupe d’experts nommés par le Conseil de l’Europe, après une lecture attentive du rapport, se rend sur dans les pays membres, régions ou villes pour une visite approfondie  prévoyant des rencontres et des échanges avec de nombreux acteurs de l’école, de la culture, de la politique, du monde économique, des visites d’écoles et de classes ….
  • A la suite de cette visite, le groupe d’experts produit un rapport dont les conclusions sont présentées et soumises à un débat public et à une négociation finale avec l’entité qui a requis le Profil: dans notre cas la Région;
  • le Profil de la politique linguistique est enfin rendu public : le  Profil de la politique linguistique régionale pour le Val d’Aoste a été publié en 2008.

Ce document met en relief « les nombreuses réussites » et « les atouts majeurs » de l’enseignement des langues vivantes au Val d’Aoste : nous n’en donnerons que la liste renvoyant le lecteur intéressé au texte lui-même pour plus de détails (chapitre 3, pages 15-21, version électronique; 27 – 34, version papier):

  • Une politique affirmée en faveur du bilinguisme
  • La place importante des langues dans le cursus scolaire des élèves
  • La qualité de l’accompagnement scientifique
  • Un souci de coopération internationale

Remarquons, en passant, que, malgré l’appréciation de la qualité de l’accompagnement scientifique auquel l’IRRE-VDA a contribué avec d’autres acteurs institutionnels, l’institut a été fermé par les autorités régionales en 2009. Il est légitime de se demander avec quelle cohérence logique.

Le Profil souligne également des causes de fragilités des dispositifs d’enseignement des langues (chapitre 4, pages 21 – 25, version électronique; 35 – 40, version papier) :

  • La fragmentation des sources de décision et le risque d’un écart grandissant entre établissements scolaires
  • Les difficultés de régulation du système
  • Une formation continue inégalement connue et utilisée
  • Les ruptures dans le suivi de l’enseignement bilingue.

Toutes les causes de fragilités ici listées sont imputables à des problèmes de régie, de régulation et de gestion tantôt politique et tantôt administrative. Ce sont des problèmes d’une certaine gravité aux conséquences problématiques : l’écart grandissant entre établissements scolaires contribue aux inégalités des opportunités d’apprentissage offertes aux élèves et cette responsabilité revient à l’administration régionale qui ne garantit pas cette égalité des chances à tous les élèves indépendamment de l’établissement qu’ils fréquentent.

Notamment, les carences de la formation continue – qui demeure un élément incontournable dans tout enseignement de qualité et a fortiori dans un enseignement exigeant comme l’enseignement bilingue – sont dues à diverses responsabilités (administration régionale, chefs d’établissement, syndicats …) et surtout à l’absurde conviction défiant tout bon sens et circulant au VDA que – d’après le contrat des enseignants – la formation ne serait plus obligatoire.

Quant aux ruptures dans le suivi de l’enseignement – c’est-à-dire le fait que la réforme bilingue est inaccomplie et  bancale car l’école secondaire du deuxième degré n’en est pas concernée, le Profil mérite d’être cité in extenso, car ce qui est pointé ici (c’est notre interprétation), c’est l’absence (du courage?) d’une décision politique :

Le point le plus frappant dans le système en vigueur en Vallée d’Aoste est le manque de poursuite de l’effort en faveur de l’enseignement bilingue dans l’enseignement secondaire supérieur. En cela, il se distingue de la plupart des modèles ayant une longue expérience dans d’autres réseaux à l’étranger.  [suit la citation d’expériences européennes]

Cette rupture de l’effort pour l’offre en français dans les disciplines non-linguistiques à l’entrée dans l’enseignement secondaire supérieur en Vallée d’Aoste et le manque de continuité constituent un point capital dans l’appréciation des compétences effectives des élèves. A la fin des cinq dernières années de la scolarisation qui mènent à l’Examen d’Etat, les compétences bilingues risquent au moins de stagner, sinon de reculer par rapport aux développements atteints dans les niveaux précédents. L’équilibre horaire maintenu entre les cours de langues en italien et en français ne suffit pas à contribuer au développement d’un bilinguisme conforme à l’évolution intellectuelle des élèves. C’est à ce niveau que le capital linguistique bilingue atteint par un système cumulatif et bien agencé du point de vue vertical et transversal semble, dans une certaine mesure, gaspillé par l’arrêt des efforts continus. Les arguments de la technicité et du niveau plus complexe du contenu, invoqués pour justifier une diminution des heures de contact avec le français comme véhicule d’une discipline non-linguistique, ne sont pas déterminants. […]

Plusieurs rapports et témoignages font état d’un engagement moindre en faveur des programmes sous format bilingue au fur et à mesure que les élèves montent dans le système scolaire. Il y a plusieurs explications de cette perte de conviction bilingue : le manque d’expérience avec le format bilingue lorsque les disciplines non-linguistiques deviennent plus techniques, l’insécurité linguistique des enseignants à un niveau d’exigences cognitives plus élevé, un manque de formation des professeurs aux degrés supérieurs, un manque de matériel didactique spécifique à l’enseignement bilingue et les contraintes des examens finaux de l’État. Il semble absolument nécessaire d’attaquer cette question de l’étape finale de la scolarisation bilingue si l’on veut construire une adhésion consensuelle réelle à la vision plurilingue de la politique linguistique. (page 24 -25, version électronique;  19 -20 version papier)

Le Profil souligne, par ailleurs, des évolutions déjà engagées au Val d’Aoste (chapitre 5 – pages 25-32, version électronique; 41- 48, version papier) :

  • l’action publique en faveur de la diversité linguistique
  • la définition et le contrôle des objectifs de la politique linguistique éducative
  • l’approfondissement de la réflexion didactique et de la formation continue des enseignants.

Le Profil fournit enfin de « nouvelles pistes à exploiter »  (chapitre 6 – pages 31 – 40, version électronique;  49 – 60, version papier) :

  • Clarifier les objectifs de l’enseignement des langues
  • Évaluer les compétences acquises et valoriser les réussites
  • Prendre en compte les différences individuelles, notamment la situation des élèves d’origine étrangère
  • Intégrer l’apprentissage de l’italien dans la réflexion sur les compétences linguistiques
  • Multiplier les situations d’utilisation des langues apprises
  • Utiliser les outils existants en tenant compte du contexte
  • Approfondir le rôle spécifique de l’apprentissage du français

Voici donc, négocié par le Val d’Aoste et ses autorités politiques avec le Conseil de l’Europe, un plan de travail non seulement pour les commissions chargées de réfléchir à la réforme mais surtout pour les décideurs eux-mêmes. Certes, ce texte n’a pas de valeur contraignante sinon dans le sens éthique de l’engagement pris et de celui de l’argent public qui y a été dépensé. Sans compter que les principes du Conseil de l’Europe, véritable autorité morale, s’inspirent, dans le domaine des langues, des droits de l’homme et de l’État de droit.

Il nous semble qu’il y a de quoi faire pour tout le monde sur un chemin déjà largement tracé et balisé.

En ce sens, l’évaluation de la proposition qui ressortira de tous les travaux engagés en vue de la réforme selon les articles 39 et 40 du Statut pourrait se faire à l’aune des points mis en évidence par le Profil: aussi bien en termes de valorisation des atouts et des acquis qu’en termes de solutions à apporter aux fragilités et aux faiblesses du système mises en évidence.

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