Valdôtains, aux aguets !!!

Ils arrivent, les Adattamenti.

Dans les jours prochains, le Conseil scolaire régional va devoir prendre une décision quant au futur du système éducatif bi- /plurilingue du Val d’Aoste. C’est, en réalité, le futur des jeunes Valdôtains, des générations à venir, de leurs études et de la société valdôtaine qui se joue ainsi. Ne soyez pas indifférents : ce n’est pas qu’une question technique. Informez-vous, procurez-vous les documents, lises-les et jugez de quoi sera fait ce futur.

En guise d’aide, vous trouverez dans ce qui suit une liste de contrôle qui devrait vous permettre de lire de façon critique des documents qui peuvent vous paraître quelque peu techniques, mais qui vont décider du futur de cette vallée.

Si, en lisant les documents des Adattamenti, vous allez retrouver la plupart des points d’attention que cette liste de contrôle propose, il n’y aura pas à trop s’inquiéter. Si, par contre, l’inverse devait arriver, si rien ou peu de ce qui est ici posé comme point critique n’y trouve place, alors, Valdôtains, RÉVEILLEZ-VOUS, sortez de votre torpeur, de cet engourdissement intellectuel dont tous vous avez conscience et en secret vous vous plaignez et NE VOUS LAISSEZ PAS FAIRE. On est encore en démocratie, si nous le voulons vraiment.

 PS: Pour des informations sur les évolutions des Adattamenti, cf. le billet Adaptations-VDA – Acte final.

Une pensée d’estime profonde pour son courage, pour son acharnement, pour son engagement, pour sa lucidité profonde et pour sa vision à très long terme va à cette femme d’école, qui fut le dernier «homme politique» digne de ce nom, et qui mit la première pierre à l’édifice du système bilingue valdôtain. Nous aimerions être dignes de l’héritage qu’elle nous a légué, des valeurs pour lesquelles elle s’est battue et de l’inspiration tenace qu’elle nous a instillée.

Merci Madame Ida Viglino.

LE PROCESSUS DE DÉCISION POLITIQUE

  • Les documents des Adattamenti ont fait l’objet d’un ample débat au niveau de la société valdôtaine : les diverses voix et les diverses parties prenantes (familles, société civile, monde économique, jeunes au travail, étudiants universitaires en Italie et à l’étranger etc.) ont pu s’exprimer et les Adattamenti prennent amplement en compte leurs points de vue.
  • Tous les acteurs de l’école (chefs d’établissements, enseignants, formateurs, médiateurs et autres personnels) ont été entendus quant aux difficultés prévisibles de la mise en œuvre de ces Adattamenti et aux mesures à prendre pour les résoudre.

LES VALEURS

  • Les Adattamenti explicitent clairement les valeurs sur lesquelles doit s’appuyer le système éducatif valdôtain.
  • Le profil de la personne et du citoyen valdôtain tel qu’il devrait être formé par le système scolaire valdôtain (responsable, critique, éthiquement correct, indépendant dans son jugement) y est clairement défini.
  • L’apprenant est au centre de toute la réflexion : son bien-être, son rapport positif à la connaissance, son développement personnel (émotionnel, affectif, cognitif, culturel …) en tant que personne et citoyen, son succès scolaire et ses projets personnels et professionnels sont assumés comme une préoccupation constante et traduits de façon opérationnelle.
  • Une idée claire d’école valdôtaine démocratique, équitable et de qualité y est explicitée.
  • Une vision autre de l’école valdôtaine y proposé en vue de la solution de ses graves problèmes actuels : échecs scolaires, abandons, mal-être …
  • La nécessité d’une évaluation équitable, non stigmatisante et finalisée à faire progresser les apprenants est fortement soulignée.

LES LANGUES PREMIÈRES DES APPRENANTS

  • L’école est invitée à la prise en compte de la langue première de l’enfant (francoprovençal, walser, dialectes et variétés de l’italien, langues et variétés de langues des apprenants migrants) car elle fait partie intégrante du curriculum scolaire qu’on le veuille ou non.
  • Les modalités d’exploitations de ces ressources linguistiques et culturelles des apprenants sont bien développées en vue de l’accueil et de la valorisation de leurs identités premières et aux fins d’acquisition de la langue italienne et de la langue française, les deux langues de scolarisation.
  • Des mesures spécifiques sont indiquées pour les apprenants ayant des langues premières différentes des deux langues de scolarisation (que les études actuelles définissent comme des « bilingues émergents » et que Bernard Py appelait « des bilingues en devenir ») de façon à leur donner le niveau en langues nécessaires pour aborder l’école et ses contenus; ces mesures se sont ni stigmatisantes, ni dévalorisantes ni cloisonnantes; elles ne font référence à aucune idée de handicap ou déficit linguistique.
  • L’aide aux parents en vue de leurs politiques linguistiques familiales est explicitement prévue.

L’ITALIEN

  • Le rôle particulier que peut jouer la langue ambiante est suffisamment conceptualisé dans ces documents pour que l’enseignement-apprentissage de cette langue soit dûment adapté au contexte bilingue et plurilingue de construction de connaissances disciplinaires qui est envisagé.
  • La présence de cette langue dans le contexte social est suffisamment thématisée, la progression des acquisitions linguistiques nécessaires ainsi que son évaluation sont correctement définies en relation aux emplois futurs de cette langue par les apprenants.

LE FRANÇAIS

  • Le français est envisagé dans le cadre d’un projet global de politique linguistique qui ne touche pas que l’école (documents de politique linguistique générale).
  • La langue française maintient le rôle de langue seconde que le Statut Spécial lui accorde, que les dernières adaptations lui ont assigné quant à la construction des connaissances dans les divers domaines disciplinaires et n’est pas minoré par rapport à ses emplois prévus par les Adaptations du passé.
  • Le français n’est pas cantonné dans certains domaines disciplinaires, mais touche à l’ensemble de ces domaines à l’instar de l’italien.
  • La langue française n’est pas envisagée uniquement comme langue du passé, mais comme langue mondiale avec un rôle économique fort à jouer à l’avenir, notamment dans le continent africain.
  • Les représentations de la langue française au Val d’Aoste font l’objet d’une réflexion approfondie pour la faire sortir d’une image passéiste et poussiéreuse et pour lui conférer l’image d’une langue de la modernité, de la langue des mathématiques, de l’innovation technologique …
  • Les Adattamenti comblent, enfin, le « trou béant » laissé par la politique linguistique valdôtaine, souligné par le Profil du Conseil de l’Europe, à l’école secondaire du second degré qui n’a pas encore eu, 67 ans (plus d’une demi-siècle) après le Statut Spécial, sa réforme bilingue.
  • L’évaluation de la langue française se fait dans ses divers emplois disciplinaires à l’instar de la langue italienne et n’est pas cantonnée à un seul ou peu de secteurs disciplinaires.
  • L’évaluation de la langue française valorise les compétences acquises par les apprenants tout le long de leur parcours scolaire et dans les divers domaines disciplinaires

LES LANGUES ÉTRANGÈRES

  • Les Adattamenti sont envisagés comme une occasion en or pour rénover l’offre dans les langues étrangères, en permettant aux apprenants de faire un choix personnel (« une tierce langue adoptive », pour nous référer, en l’adaptant, à une expression du document de l’Union Européenne « Le multilinguisme – Un défi salutaire », dont la rédaction a été coordonnée par l’écrivain francophone libanais Amin Maalouf).
  • Cette tierce langue adoptive ouvre l’apprenant à une autre culture de son choix.
  • Les besoins langagiers des différents domaines économiques du Val d’Aoste sont pris également en considération pour diversifier l’enseignement des langues étrangères nécessaires à leurs nombreuses et diverses activités.
  • Notamment, par ces temps de crise, l’éventualité de l’enseignement de langues de nouveaux clients potentiels est analysée en lien avec une politique économique et touristique avisée et anticipatoire.
  • Les Adattamenti s’opposent courageusement à l’anglomanie dominante et proposent différentes langues étrangères à leurs apprenants.
  • Ils élargissent aux langues étrangères leur utilisation dans les autres disciplines scolaires selon la méthodologie EMILE (Enseignement d’une matière par l’intégration d’une langue étrangère), dénommée aussi par son acronyme anglais CLIL (Content and Language Integrated Learning) qui leur convient de façon particulière.

L’ANGLAIS

  • L’anglais est considéré comme une langue étrangère parmi les autres : le Val d’Aoste ne se range pas à côté des pays qui en font une lingua franca privilégiée.
  • Les Adattamenti s’opposent courageusement à l’uniformisation de notre système éducatif dont le « tout à l’anglais » est un symptôme inquiétant qui dénonce deux attitudes négatives : un provincialisme de très mauvais aloi et une ignorance des enjeux de domination politique, économique et culturelle qui se cachent derrière cette promotion tout azimut d’une langue parmi d’autres.
  • Sans emphase excessive, à l’anglais est accordée sa place d’outil de base à l’instar d’autres disciplines.
  • Les textes des Adattamenti se distinguent des documents ministériels par une écriture qui se passe d’anglicismes inutiles et ridicules.

L’ÉDUCATION BILINGUE ET PLURILINGUE

  • Une place centrale est accordée à la construction des connaissances disciplinaires en trois langues, qui est thématisée de façon approfondie et s’appuie sur les acquis du modèle d’éducation bilingue valdôtain; ces acquis jouissent, à l’étranger, d’une image de rigueur et de modèle avant-gardiste dont d’autres modèles d’éducation bilingue appliquent les mêmes principes et d’autres encore suivent l’exemple.
  • Les disciplines, leurs contenus, leurs méthodes et techniques sont la préoccupation centrale de ce type d’éducation : l’emploi de plusieurs langues vise une construction conceptuelle meilleure, plus approfondie, plus solide et diversifiée, favorisant l’agilité intellectuelle et la pensée divergente.
  • Les disciplines scolaires ne représentent pas de vastes domaines voués à la conquête linguistique de la part des langues (de scolarisation ou étrangères) : les langues sont à leur service, bien qu’elles en tirent de nombreux avantages.
  • Pour une éducation qui se veut bi- et plurilingue, les modalités d’emploi des langues suivent des principes bi- et plurilingues largement prônés dans différents contextes par la littérature scientifique actuelle ; les principes s’inspirant de l’idéologie monolingue (une langue – une personne ; une discipline – une langue ; une demi-journée dans une langue et l’autre demi-journée dans l’autre), largement dépassés dans le domaine scientifique – mais persistants auprès des publics peu informés – sont abandonnés.
  • L’alternance codique entre les langues est bien définie et approfondie en fonction d’une construction efficace des connaissances disciplinaires et d’une complémentarité harmonieuse des langues entre elles.
  • La méthodologie EMILE (Enseignement d’une matière par l’intégration d’une langue étrangère), est justement, comme son nom l’indique, appliquée à la langue étrangère et n’est pas abusivement étendue au français qui est une langue seconde ; la méthodologie EMILE / CLIL ne se confond pas avec les avancées dans le domaine de la construction plurilingue des connaissances ni avec un projet global, beaucoup plus ambitieux et exigeant, d’éducation bi- /plurilingue.

L’ÉVALUATION

  • Les modalités d’évaluation et le choix des langues à y utiliser ne créent pas de différences nettes entre les lycées généraux et les lycées techniques et professionnels : c’est-à-dire elles ne suivent pas les aléas des formulations ministérielles hésitant entre un choix plus correct au niveau éducatif (= langues étrangères) et un choix partisan et provincial (= l’anglais). (La France, par exemple, laisse ce choix aux apprenants et elle dispose de 7% d’apprenants qui ne font pas le choix uniformisant de l’anglais. Question d’options éducatives de fond.)

LA CONTINUITÉ

  • Les Adattamenti sont envisagés comme l’occasion idéale pour enfin mettre en cohérence les divers niveaux scolaires, pour créer la progression harmonieuse en verticale de l’éducation bi- / plurilingue et de ses niveaux d’exigence en termes de compétences pour les élèves et d’élargissement de leurs domaines disciplinaires d’application. Ils mettent, enfin, un terme à l’anomalie de trois degrés scolaires qui sont censés (et tenus de) dispenser un enseignement bilingue qui s’interrompt abruptement au cycle secondaire supérieur, contre toute logique systémique et contre tout modèle d’enseignement bilingue sérieusement pensé et correctement appliqué.

LE FAIRE SEMBLANT

  • Les Adattamenti sont enfin l’occasion idéale pour donner toutes les opportunités (en termes de formation du personnel, d’outils, de situations d’échanges et de contacts avec d’autres contextes bilingues, de stimulations culturelles et intellectuelles, d’ouverture …) pour arrêter, comme si souvent il arrive au Val d’Aoste, de « faire semblant », et pour commencer à « faire réellement et efficacement ». Ce que peu de gens, il est vrai, mais éclairés et de très bonne volonté, ont su faire et depuis si longtemps.

Ce post a été revu le 4 avril 2016 pour corriger des problèmes linguistiques.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s