Les femmes dans le discours

Rien ne m’irrite autant que l’arrogance et la morgue. Et d’autant plus fortement dans deux situations particulières : quand elles sont le fait de femmes ou de gens éduqués voire cultivés. Je pense, surtout, en ce qui concerne ces derniers, ceux d’entre eux à qui il incombe de porter la connaissance au plus haut point possible à un moment historique donné. À ceux-ci c’est une humilité sans fin venant du savoir qui siérait davantage.

Pourtant, j’en arrive parfois – par paradoxe et par exaspération – à penser qu’arrogance et morgue devraient être apprises aux femmes comme stratégies discursives.

 Je me dis très souvent qu’il importerait que les mères (et les pères, bien entendu) et l’école enseignent aux enfants et élèves, tous genres confondus, à avoir une parole (= pensée) libre, courageuse, informée et étayée par des arguments, à la positionner de manière assertive dans le discours et à la défendre sans crainte, mais sans rigidité non plus, sachant intégrer le point de vue de l’autre quand c’est le cas.

 L’école devrait également – et c’est là une tâche beaucoup plus difficile – enseigner à comprendre les enjeux de pouvoir dont la parole est porteuse, à en déjouer les stratagèmes et les pièges et à acquérir les stratégies pour les contourner. Pour que ce pouvoir soit aussi équitablement partagé que possible.

 C’est là une des contributions majeures que l’éducation langagière pourrait apporter à la formation de chaque individu, notamment de ceux d’entre eux qui ne reçoivent pas en héritage de leur milieu social ces moyens discursifs : une mise en pouvoir (dans le sens d’empowerment) discursive de chacune et chacun.

 Et, en particulier, pour ce qui est des filles, il faudrait leur apprendre l’indocilité, l’insoumission, le sens de leur dignité et celui de la valeur de ce qu’elles ont à dire et à exprimer.

 Et tout cela sans arrogance ni morgue …

 Des lectures utiles

Lectures anciennes, et pourtant toujours valables, qui m’ont beaucoup aidée dans le temps à réfléchir sur la condition féminine :

Beauvoir, S. de (1949) : Le deuxième sexe, Paris, Gallimard.

Gianini Belotti, E. (1973): Dalla parte delle bambine. L’influenza dei condizionamenti sociali nella formazione del ruolo femminile nei primi anni di vita, Milano, Feltrinelli Editore.

Enfin, un texte plus récent, centré plus spécifiquement sur les problèmes de langage et de communication :

Romaine, S. (1999) : Communicating Gender, Mahwah,NJ: Lawrence Erlbaum.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s